
Protéger nos innovations de défense n’est pas une question de secrets absolus, mais d’arbitrages stratégiques permanents.
- Équilibrer l’ouverture nécessaire à la recherche avec le contrôle indispensable à la protection des technologies clés.
- Utiliser le financement souverain et les outils juridiques comme un bouclier actif contre les acquisitions prédatrices.
- Étendre la vigilance au-delà des grands groupes pour sécuriser les PME, maillons faibles de la chaîne de valeur.
Recommandation : Adopter une posture de « défense en profondeur » qui combine protection juridique, technique et financière pour transformer chaque point de contact en un rempart de la souveraineté.
Dans l’arène mondiale où la suprématie technologique est devenue un enjeu de puissance majeur, le patrimoine industriel et scientifique de la défense constitue une cible de premier ordre. Chaque innovation, chaque brevet, chaque savoir-faire est susceptible d’être convoité, voire pillé, par des puissances concurrentes ou hostiles. Face à cette menace protéiforme, le premier réflexe est souvent de vouloir ériger une forteresse, de tout classer « Secret Défense » et de voir chaque collaboration internationale comme un risque de fuite.
Pourtant, cette posture, bien que compréhensible, comporte un risque majeur : celui de l’asphyxie. L’innovation se nourrit d’échanges, de collaborations et d’une certaine porosité avec le monde académique et civil. Une protection excessive peut freiner la recherche, décourager les talents et isoler nos pépites technologiques des écosystèmes qui leur permettent de croître. Le véritable défi n’est donc pas de construire des murs infranchissables, mais de concevoir des filtres intelligents et dynamiques.
Et si la clé résidait dans un arbitrage souverain constant ? Un équilibre délicat entre l’ouverture contrôlée et le secret ciblé, où chaque décision – du recrutement d’un doctorant à la stratégie de propriété intellectuelle – est une manœuvre stratégique. Cet article propose une feuille de route pour les directeurs de l’innovation et les services de protection économique. Nous y explorerons comment naviguer ces dilemmes pour bâtir une défense économique qui protège sans paralyser, qui sécurise sans scléroser.
Ce guide est structuré pour aborder les points de friction les plus critiques de la protection du patrimoine technologique. Chaque section analyse un dilemme spécifique et propose des leviers d’action concrets pour renforcer notre souveraineté.
Sommaire : Protéger les innovations stratégiques de la défense contre le pillage
- Pourquoi tout classer « Secret Défense » paralyse l’innovation et la collaboration ?
- Comment accueillir des doctorants internationaux sans leur livrer vos technologies clés ?
- Pépites technologiques : quel mécanisme pour bloquer une acquisition prédatrice étrangère ?
- L’erreur de croire que les hackers ne visent que les grands groupes (la stratégie du maillon faible)
- Brevet vs Secret de fabrique : quelle stratégie pour une technologie de missile ?
- Pourquoi perdre le contrôle de vos brevets critiques équivaut à une défaite militaire ?
- Avions de chasse connectés : comment blinder l’avionique contre le piratage en vol ?
- Sauvegarder les intérêts stratégiques : comment protéger les actifs vitaux sans paralyser l’économie ?
Pourquoi tout classer « Secret Défense » paralyse l’innovation et la collaboration ?
Le réflexe de la sur-classification, consistant à apposer le sceau du secret sur un périmètre très large de technologies, part d’une intention louable : créer une barrière de protection maximale. Cependant, cette stratégie de la forteresse engendre des effets pervers qui, paradoxalement, peuvent affaiblir notre base industrielle et technologique de défense (BITD). En cloisonnant l’information, on empêche la fertilisation croisée des idées entre les différentes entités d’un même groupe, ou pire, entre les laboratoires publics et les entreprises privées. Une innovation développée pour un système d’arme pourrait avoir des applications civiles majeures, mais le secret en bloque le transfert et la valorisation.
Cette culture de l’hyper-classification crée une rigidité administrative et technique. Les processus de collaboration deviennent lents et complexes, décourageant les partenariats agiles avec des startups ou des PME innovantes qui ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour gérer des données classifiées. Comme le souligne une analyse d’expert, cette approche mène à une fragilité inattendue.
L’hyper-classification crée des silos, empêche les audits croisés et les retours d’expérience, rendant paradoxalement les systèmes plus fragiles car moins éprouvés par des regards extérieurs.
– Dominique Luzeaux, Directeur de l’Agence du Numérique de Défense, Souveraine.tech
L’enjeu n’est donc pas de renoncer au secret, qui demeure indispensable pour les technologies les plus critiques, mais d’adopter une approche d’arbitrage souverain. Il s’agit de définir avec une extrême précision ce qui doit être protégé à tout prix (le « cœur du réacteur ») et ce qui peut être partagé dans un cadre contrôlé pour stimuler l’écosystème. Une classification granulaire et dynamique, réévaluée périodiquement, permet de protéger l’essentiel tout en libérant le potentiel d’innovation des technologies à double usage.
Comment accueillir des doctorants internationaux sans leur livrer vos technologies clés ?
L’accueil de chercheurs et de doctorants étrangers est un vecteur puissant d’innovation et d’attractivité pour la recherche française. Les priver de l’accès à nos laboratoires reviendrait à nous isoler et à nous affaiblir. Le défi consiste à organiser une porosité contrôlée : permettre les échanges intellectuels tout en empêchant la fuite de savoir-faire stratégiques. Cela passe par une cartographie rigoureuse des compétences et des technologies au sein du laboratoire.
Avant d’accueillir un chercheur, il est impératif de définir les « zones rouges » technologiques auxquelles il n’aura pas accès. L’organisation physique des espaces de travail, avec des zones d’accès restreint et une gestion différenciée des droits sur le réseau informatique, est une première barrière essentielle. L’objectif est de cloisonner les projets, de sorte que le chercheur puisse contribuer pleinement à son domaine de recherche sans avoir une vision d’ensemble des technologies adjacentes ou des briques les plus critiques.

Sur le plan réglementaire, la France dispose d’un arsenal robuste. La Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) est chargée de mener les enquêtes préalables à toute décision d’habilitation. Ce processus permet d’évaluer la fiabilité d’une personne avant de lui donner accès à des informations sensibles. De plus, pour les inventions duales, un mécanisme de contrôle préventif existe au moment du dépôt de brevet. Le ministère des Armées procède à une revue systématique, avec près de 15 000 brevets revus en 2024, pour identifier les technologies sensibles et, si nécessaire, mettre leur divulgation au secret.
La protection repose donc sur une combinaison de mesures : une segmentation technique des projets, une surveillance humaine continue et l’application stricte des procédures d’habilitation et de contrôle des brevets. C’est à ce prix que l’ouverture à l’international reste une force et non une vulnérabilité.
Pépites technologiques : quel mécanisme pour bloquer une acquisition prédatrice étrangère ?
Une startup ou une PME qui développe une technologie de rupture pour la défense est une proie de choix. Souvent en quête de financement pour industrialiser son innovation, elle peut être la cible d’offres d’acquisition attractives de la part de fonds étrangers, dont certains agissent pour le compte de puissances étatiques. Laisser partir une telle pépite équivaut à un transfert de technologie à grande échelle et à une perte de souveraineté durable. L’État français a donc mis en place plusieurs remparts.
Le principal outil est le dispositif de contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Ce mécanisme, piloté par la Direction générale du Trésor, soumet à autorisation préalable toute prise de participation d’un investisseur étranger dans une entreprise française opérant dans un secteur stratégique, dont la défense. Ce contrôle est loin d’être anecdotique : il a mené à l’examen de 124 dossiers en 2024, dont la moitié concernait le secteur de la défense. L’État peut ainsi s’opposer à une opération ou l’assortir de conditions strictes pour préserver les intérêts nationaux.
Cependant, bloquer un investissement ne résout pas le besoin de financement de l’entreprise. Pour éviter qu’elle ne soit étranglée financièrement, il est crucial de proposer des alternatives. C’est le rôle du capital souverain, incarné par des structures comme Bpifrance.
Le fonds Bpifrance Défense comme alternative souveraine
Pour offrir une solution de financement nationale aux entreprises de la BITD, le fonds Bpifrance Défense a été lancé en 2025. Doté de 450 millions d’euros, il permet non seulement à l’État mais aussi aux particuliers d’investir dès 500 euros dans les PME et startups stratégiques. Son objectif est clair : fournir les capitaux nécessaires à leur croissance pour éviter qu’elles ne cèdent aux sirènes d’investisseurs étrangers, tout en visant un rendement financier attractif de 5 à 10% par an. Ce fonds agit comme un bouclier financier, garantissant que le contrôle de nos pépites technologiques reste en France.
La combinaison d’un filtre réglementaire (IEF) et d’un soutien financier proactif (fonds souverain) constitue la pierre angulaire de la protection contre les acquisitions prédatrices. Elle permet de dire « non » à un acteur étranger tout en disant « oui » à la croissance de nos entreprises.
L’erreur de croire que les hackers ne visent que les grands groupes (la stratégie du maillon faible)
L’imaginaire collectif associe souvent le cyber-espionnage à des attaques spectaculaires visant les géants de la défense comme Dassault, Thales ou Naval Group. Si ces derniers sont évidemment des cibles, leur niveau de protection est extrêmement élevé. Les attaquants étatiques, appliquant une logique de coût-efficacité, se tournent de plus en plus vers des cibles plus faciles : les sous-traitants, les PME et les laboratoires partenaires qui forment la chaîne d’approvisionnement. C’est la stratégie du maillon faible : en piratant une PME moins sécurisée, l’attaquant peut accéder à des plans, des données techniques ou des accès réseau qui le mèneront indirectement jusqu’à sa cible finale. Cette menace est massive, dans un contexte où 74% des entreprises françaises ont subi une cyberattaque en 2024.
Pour un directeur de l’innovation, cela signifie que la sécurité de son propre périmètre ne suffit plus. La protection du patrimoine technologique passe par une défense en profondeur étendue à tout l’écosystème. Il devient impératif d’auditer la sécurité de ses partenaires et d’exiger des garanties contractuelles. Une PME qui souhaite travailler avec un grand donneur d’ordre de la défense doit aujourd’hui prouver sa maturité en matière de cybersécurité.
Cela implique de dépasser les simples antivirus et pare-feux pour adopter des stratégies plus robustes. La sensibilisation du personnel reste un pilier, mais elle doit être complétée par des mesures techniques et organisationnelles fortes. Voici les points fondamentaux à vérifier pour toute PME de la BITD.
Votre plan d’action pour la cyber-résilience de la chaîne de valeur
- Mettre en place une architecture Zero Trust où aucun composant (interne ou externe) ne fait confiance par défaut et où chaque accès est vérifié.
- Appliquer immédiatement et systématiquement les correctifs de sécurité sur les équipements en bordure du système d’information (pare-feux, VPN).
- Adhérer à un Centre d’Opérations de Sécurité (SOC) mutualisé pour bénéficier d’une surveillance et d’une détection des menaces 24/7 à un coût abordable.
- Former régulièrement tout le personnel, y compris la direction, aux risques de phishing ciblé (spear-phishing) et d’ingénierie sociale.
- Effectuer des audits de sécurité trimestriels non seulement sur ses propres systèmes, mais aussi sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement logicielle (supply chain).
En imposant ces standards à l’ensemble de la chaîne de valeur, on élève le niveau de sécurité global et on rend la stratégie du maillon faible beaucoup plus coûteuse pour l’attaquant.
Brevet vs Secret de fabrique : quelle stratégie pour une technologie de missile ?
Pour protéger une innovation, deux grandes voies s’offrent à une entreprise : le brevet ou le secret de fabrique. Cet arbitrage est l’une des décisions les plus stratégiques en matière de propriété intellectuelle, particulièrement dans le secteur de la défense. Le choix dépend de la nature de la technologie, de son cycle de vie et de la capacité de l’entreprise à maintenir la confidentialité.
Le brevet offre un monopole d’exploitation pour une durée de 20 ans en échange d’une divulgation complète de l’invention. Il est puissant car il rend l’invention publique tout en interdisant à quiconque de l’utiliser sans autorisation. C’est une stratégie offensive, idéale pour une technologie qui peut être facilement détectée et copiée (rétro-ingénierie). Pour une technologie de missile, on pourrait breveter un système de guidage innovant ou une forme aérodynamique spécifique. Les grands acteurs comme Safran (avec 1216 dépôts en 2024) ou Thales utilisent massivement le brevet pour construire des « forteresses de propriété intellectuelle ».

Le secret de fabrique, à l’inverse, consiste à ne rien divulguer. La protection est potentiellement illimitée dans le temps, mais elle ne tient que si le secret est gardé. Si un concurrent découvre l’invention par ses propres moyens ou par l’espionnage, il n’y a aucun recours. Cette stratégie est adaptée aux procédés de fabrication, aux algorithmes ou aux compositions chimiques complexes et difficiles à analyser. Pour notre missile, le secret pourrait protéger la composition chimique exacte du propergol ou les lignes de code du logiciel de traitement du signal. C’est une stratégie défensive, basée sur la confiance et des mesures de sécurité internes draconiennes.
La meilleure stratégie est souvent hybride : breveter les briques technologiques visibles et protégeables, tout en gardant secrets les procédés internes qui confèrent l’avantage compétitif le plus durable. Pour une technologie de missile, on brevète le design extérieur et les mécanismes clés, mais on garde secret le « tour de main » qui le rend plus performant que les autres. Cet arbitrage fin est au cœur de la préservation du patrimoine technologique.
Pourquoi perdre le contrôle de vos brevets critiques équivaut à une défaite militaire ?
Dans la guerre économique, la propriété intellectuelle est une arme. Un portefeuille de brevets n’est pas une simple collection de documents juridiques ; c’est un territoire stratégique. Perdre le contrôle d’un brevet critique, que ce soit par une cession non maîtrisée, un vol ou une exploitation abusive par un tiers, n’est pas une simple perte financière. C’est une défaite tactique qui peut avoir des conséquences stratégiques dignes d’une défaite militaire.
Un brevet confère un droit d’interdire. Le détenteur d’un brevet sur une technologie de communication quantique peut empêcher ses concurrents, y compris les industries de défense nationales, d’utiliser cette technologie. Si ce brevet tombe entre les mains d’une puissance rivale, celle-ci acquiert un pouvoir de blocage sur l’ensemble de notre écosystème. Elle peut freiner nos programmes d’armement, nous imposer ses standards ou nous forcer à négocier en position de faiblesse. Le brevet devient une arme de déni d’accès technologique.
Le cadre juridique français est très clair sur le pouvoir conféré par le brevet et les restrictions qui s’y attachent, notamment pour les inventions sensibles. Le Code de la propriété intellectuelle est formel :
Les inventions faisant l’objet de demandes de brevet ne peuvent être divulguées et exploitées librement aussi longtemps qu’une autorisation n’a été accordée à cet effet.
– Code de la propriété intellectuelle, Article L.612-9
Cette protection légale est le fondement de la valeur du brevet. Cependant, la concentration de ces actifs stratégiques est un point de vigilance. Une analyse de l’INPI pour 2024 révèle que les 20 premiers déposants concentrent 53% des dépôts en France. Cela signifie qu’un petit nombre d’acteurs détient une part majeure du patrimoine technologique national. La protection de ces portefeuilles de brevets n’est donc pas une simple affaire d’entreprise, mais un enjeu de sécurité nationale. La perte de contrôle d’une seule de ces « super-forteresses » de brevets pourrait avoir des répercussions en cascade sur toute notre capacité de défense.
Avions de chasse connectés : comment blinder l’avionique contre le piratage en vol ?
Les avions de combat modernes sont des systèmes d’armes hyper-connectés. Ils échangent en temps réel des flux de données massifs avec les centres de commandement, les satellites, les drones et d’autres aéronefs. Cette connectivité décuple leur efficacité mais ouvre également une nouvelle surface d’attaque pour le cyber-espionnage et le sabotage. Un piratage de l’avionique en vol pourrait avoir des conséquences catastrophiques : vol de données de mission, usurpation des communications, voire prise de contrôle des commandes de vol. La protection de ces systèmes embarqués est donc une priorité absolue.
La défense traditionnelle, basée sur un périmètre sécurisé (la « coque » de l’avion), ne suffit plus. Il faut partir du principe que l’ennemi pourrait, d’une manière ou d’une autre, s’introduire dans le réseau. La solution réside dans une architecture de défense en profondeur, dont le concept phare est le « Zero Trust » (confiance zéro). Dans une telle architecture, aucun composant ne fait confiance à un autre par défaut. Chaque communication, même entre deux systèmes à l’intérieur de l’avion (par exemple, entre le radar et le système de gestion de combat), doit être authentifiée, chiffrée et autorisée en temps réel.
Cette approche granulaire est fortement recommandée par les agences de cybersécurité comme l’ANSSI. L’idée est de micro-segmenter le réseau de l’avion en îlots étanches. Si un attaquant parvient à compromettre un sous-système (par exemple, le pod de guerre électronique), il se retrouve piégé dans cet îlot, incapable de se propager aux systèmes critiques comme les commandes de vol électriques ou la navigation inertielle. C’est une transposition des techniques de compartimentage des navires de guerre à l’ère numérique : même avec une brèche dans la coque, le navire ne coule pas.
La mise en œuvre d’une telle architecture implique une refonte profonde de la conception de l’avionique, en intégrant la sécurité dès les premières phases de développement (« security by design »). Elle nécessite également des capacités de surveillance et de détection en temps réel pour identifier toute activité anormale et isoler immédiatement le composant compromis. C’est un changement de paradigme fondamental : on ne cherche plus seulement à empêcher l’ennemi d’entrer, on se prépare à le combattre à l’intérieur même du système.
Points clés à retenir
- L’équilibre stratégique : La protection efficace du patrimoine technologique réside dans un arbitrage constant entre le secret nécessaire et l’ouverture indispensable à l’innovation.
- Une défense multi-facettes : La souveraineté se construit en combinant des outils juridiques (contrôle IEF, brevets), financiers (fonds souverains) et techniques (cybersécurité, Zero Trust).
- La vigilance sur toute la chaîne : La sécurité des grands groupes dépend de la robustesse de leurs plus petits partenaires. Sécuriser les PME de la BITD est une priorité non négociable.
Sauvegarder les intérêts stratégiques : comment protéger les actifs vitaux sans paralyser l’économie ?
La protection du patrimoine technologique de défense ne peut se faire au détriment de la vitalité économique. Un arsenal de mesures trop contraignant risquerait de faire fuir les investisseurs, de ralentir les programmes de R&D et de pénaliser la compétitivité de notre industrie. La sauvegarde des intérêts stratégiques repose sur un dosage subtil entre des mécanismes de blocage et des solutions de soutien, une panoplie d’outils à la disposition de l’État pour agir de manière proportionnée.
L’effort financier est un pilier de cette stratégie. En allouant des ressources massives à la recherche et au développement, l’État stimule la création de valeur et rend les entreprises nationales moins dépendantes des capitaux étrangers. La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 illustre cet engagement, avec un effort financier historique de 10 milliards d’euros consacrés à l’innovation. Cet investissement public est le socle sur lequel peut se bâtir une souveraineté durable.
Face à une menace spécifique, comme une tentative d’acquisition, l’État peut actionner différents leviers. Chacun présente un équilibre différent entre efficacité, rapidité d’action et impact sur l’environnement économique. Le tableau suivant synthétise les principaux mécanismes de protection souveraine à la disposition de la France.
| Mécanisme | Délai d’action | Efficacité | Impact économique |
|---|---|---|---|
| Contrôle IEF | 2-3 mois | Blocage total possible | Risque de fuite des investisseurs |
| Fonds souverain défense | Immédiat si fonds disponibles | Rachat et maintien souverain | Coût élevé pour l’État |
| Golden Share défense | Préventif (dès création) | Droit de veto permanent | Peut limiter la valorisation |
| Licence d’office | 5 mois après dépôt | Exploitation par l’État | Indemnisation obligatoire |
Le choix du bon outil dépend de la nature de la menace et de l’actif à protéger. Il n’y a pas de solution unique, mais une boîte à outils stratégique qui permet une réponse graduée et adaptée. L’art de la protection économique consiste à savoir quand utiliser le bouclier (le contrôle IEF), quand utiliser l’épée (le rachat par un fonds souverain) et quand utiliser la diplomatie économique pour trouver des solutions partenariales qui préservent à la fois nos intérêts et notre attractivité.
L’heure n’est plus à la réaction, mais à l’anticipation. Procéder à un audit complet de vos actifs immatériels et de vos processus de collaboration est la première étape pour bâtir une forteresse souveraine et agile, capable de protéger notre avenir technologique.