
La riposte efficace à une agression hybride ne réside pas dans une simple escalade, mais dans la déconstruction de la logique adverse qui opère systématiquement sous le seuil du conflit armé.
- L’adversaire instrumentalise les « coutures » de nos systèmes : nos lois (lawfare), nos frontières (pression migratoire) et nos esprits (cyber-influence).
- Le but n’est pas la destruction physique, mais la paralysie décisionnelle, l’érosion de la confiance et le gain politique par le déni plausible.
Recommandation : Adopter une posture de riposte intégrée (Diplomatique, Informationnel, Militaire, Économique) qui expose les manœuvres adverses plutôt que de simplement les subir.
L’ère des conflits clairs, opposant des armées régulières à travers des frontières définies, s’estompe. Nous sommes entrés dans une zone grise où l’agression se déguise, mute et s’infiltre. Face à une menace qui combine une cyberattaque sophistiquée contre une infrastructure critique, une campagne de désinformation ciblée et une pression migratoire orchestrée à une frontière, la tentation est de chercher une réponse dans les manuels de la guerre conventionnelle. Or, ces derniers restent souvent muets.
L’analyse habituelle se concentre sur les outils de l’agresseur : le code malveillant, les fermes à trolls, les flux financiers opaques. Si cette connaissance est nécessaire, elle est insuffisante. Elle décrit les symptômes sans diagnostiquer le mal. La véritable rupture stratégique ne consiste pas à mieux se défendre contre chaque outil pris isolément, mais à comprendre la grammaire même de l’agression. Le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir si la cyberattaque est attribuable, mais de comprendre comment elle s’articule avec une manœuvre de « lawfare » pour paralyser la riposte.
Cet article propose de dépasser la simple description des menaces hybrides. Il s’agit de décortiquer la logique opératoire de l’adversaire : comment il exploite les angles morts de nos systèmes démocratiques, juridiques et cognitifs pour agir en permanence sous le seuil de la confrontation directe. Nous analyserons les mécanismes de cette guerre des coutures, de l’instrumentalisation du droit à la manipulation de l’information, pour esquisser une doctrine de riposte adaptée non pas à la guerre que nous souhaiterions, mais à celle qui nous est imposée.
Pour appréhender la complexité de ces nouvelles formes d’affrontement, cet article est structuré pour décortiquer chaque facette de la menace hybride. Nous explorerons comment les outils traditionnels de la puissance sont détournés pour servir une stratégie de déstabilisation subtile et permanente.
Sommaire : Déjouer la stratégie de l’agression hybride en zone grise
- Lawfare : comment l’adversaire utilise nos propres lois pour paralyser notre défense ?
- Frontières comme arme : analyser la stratégie de la Biélorussie ou de la Turquie
- Le problème du « petit homme vert » : comment riposter quand l’agresseur nie être présent ?
- L’erreur de ne voir le cyber que comme du code alors qu’il est aussi un vecteur d’influence
- Sanctions économiques ou déploiement militaire : quelle boîte à outils pour quelle menace ?
- Pourquoi votre dépendance énergétique menace directement votre autonomie politique ?
- L’erreur de ne voir le cyber que comme du code alors qu’il est aussi un vecteur d’influence
- Anticiper les menaces de demain : pourquoi la prospective stratégique est vitale pour l’État ?
Lawfare : comment l’adversaire utilise nos propres lois pour paralyser notre défense ?
Le « lawfare », ou l’utilisation stratégique du droit comme une arme, est l’un des piliers de la guerre hybride. Il ne s’agit pas de violer la loi de manière frontale, mais de l’instrumentaliser. L’adversaire exploite la complexité, la lenteur et les principes mêmes de nos États de droit pour atteindre des objectifs stratégiques. Il retourne nos propres forces – la transparence, la responsabilité, le respect des procédures – contre nous. Cette approche consiste à créer une paralysie juridique, à enliser les processus décisionnels dans des contentieux sans fin et à saper la légitimité des actions de défense par des accusations judiciaires ciblées.
Comme le souligne une analyse pertinente, l’essence du lawfare est une forme de détournement. Le Pape François, dans un discours sur son application en Amérique Latine, l’a décrit ainsi :
Le lawfare se produit lorsque de fausses accusations sont portées contre des dirigeants politiques, promues conjointement par les médias et les organes judiciaires colonisés. La lutte contre la corruption est instrumentalisée pour combattre les gouvernements non souhaités.
– Pape François, Discours sur le lawfare en Amérique Latine
L’extraterritorialité de certaines législations nationales constitue un autre champ d’application de ce principe. L’affaire BNP Paribas en est un cas d’école : en 2015, la banque française a dû s’acquitter d’une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir enfreint l’embargo américain. Comme le détaille une analyse de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), cet événement a démontré comment un État peut utiliser son propre système juridique et la prééminence de sa monnaie pour imposer ses normes et sanctionner des acteurs économiques étrangers, transformant de fait le droit en outil de guerre économique.
Frontières comme arme : analyser la stratégie de la Biélorussie ou de la Turquie
La frontière, traditionnellement vue comme une ligne de défense, devient dans la grammaire hybride un théâtre d’opération et une arme de déstabilisation. La stratégie consiste à transformer les flux migratoires, une question humanitaire et logistique complexe, en un levier de pression politique. L’objectif n’est pas une invasion militaire, mais la création d’une crise à la périphérie de l’adversaire, visant à saturer ses capacités d’accueil, à fracturer son opinion publique et à créer des dissensions politiques internes ou entre alliés.
La Biélorussie, en 2021, a fourni un exemple manifeste de cette tactique en orchestrant l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient vers ses frontières avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. L’intention n’était pas de faciliter leur passage, mais de provoquer une crise humanitaire et sécuritaire aux portes de l’Union européenne. Les données confirment cette intensification, avec une augmentation des franchissements irréguliers de +66% en 2024 par rapport à 2023 selon la Commission européenne. Cette manœuvre est une forme de chantage qui exploite le dilemme moral des démocraties, prises entre leurs obligations humanitaires et l’impératif de contrôle de leurs frontières.

Cette instrumentalisation est clairement identifiée au plus haut niveau. Ingrida Šimonytė, alors Première ministre de Lituanie, avait déclaré sans ambages que « Loukachenko exploite impitoyablement les migrants comme un outil de guerre hybride contre l’UE ». Une telle stratégie met en évidence comment un acteur peut causer des dommages significatifs à un adversaire plus puissant en exploitant ses vulnérabilités non-militaires et en opérant dans une zone grise juridique et éthique.
Le problème du « petit homme vert » : comment riposter quand l’agresseur nie être présent ?
Le concept du « petit homme vert », apparu lors de l’annexion de la Crimée en 2014, incarne l’un des défis majeurs posés par les menaces hybrides : l’ambiguïté de l’attribution. Il s’agit d’acteurs armés, sans insigne, opérant avec un équipement militaire de pointe, dont l’affiliation étatique est officiellement niée par le commanditaire. Cette stratégie du déni plausible est au cœur de l’agression en zone grise. L’objectif n’est pas d’être invisible, mais d’être suffisamment ambigu pour rendre une riposte politique et militaire difficile, voire impossible, sans risquer une escalade non maîtrisée.
Ce modus operandi se transpose parfaitement au cyberespace. Des groupes de pirates, souvent désignés par des acronymes comme APT (Advanced Persistent Threat), mènent des opérations d’espionnage, de sabotage ou d’influence au profit d’un État, qui peut systématiquement nier toute implication. La France est une cible privilégiée de ces manœuvres, notamment de la part de groupes liés à l’appareil d’État russe.
Étude de cas : Les groupes APT russes et le déni plausible
Comme le documente une analyse détaillée publiée par OpexNews, des entités comme APT28 (Fancy Bear) ciblent de manière récurrente des ministères, des opérateurs d’importance vitale (OIV) et des entreprises stratégiques françaises. Leurs actions, bien que techniquement attribuables par les services de renseignement, sont menées de manière à permettre à Moscou de conserver une capacité de déni plausible sur la scène internationale, qualifiant ces accusations de « russophobie » et rendant complexe toute réponse concertée.
La difficulté n’est donc plus seulement technique (prouver l’origine de l’attaque), mais stratégique : comment et quand rendre publique une attribution ? Une attribution trop précoce peut révéler les propres capacités de renseignement ; une absence d’attribution est perçue comme une faiblesse. La riposte se déplace du champ purement militaire ou technique vers le champ informationnel. Il s’agit de choisir le bon moment pour exposer l’agresseur, de briser son narratif de déni et de rallier des alliés pour une réponse coordonnée, qui peut être diplomatique ou économique plutôt que militaire.
L’erreur de ne voir le cyber que comme du code alors qu’il est aussi un vecteur d’influence
Réduire la cybersécurité à une simple affaire de pare-feux, d’antivirus et de lignes de code est une erreur stratégique fondamentale. Dans la logique hybride, le cyberespace n’est pas seulement un domaine technique à protéger, mais un champ de bataille cognitif à conquérir. Une cyberattaque est souvent le premier maillon d’une chaîne visant à influencer les perceptions, à manipuler l’opinion et à déstabiliser les processus politiques. L’objectif final n’est pas de voler des données, mais de s’en servir pour semer le doute et la discorde.
Cette approche exploite la plus grande vulnérabilité de tous les systèmes : le facteur humain. En effet, près de 90% des cyberattaques réussies trouvent leur origine dans une erreur humaine, comme un clic sur un lien de phishing. Mais l’influence va plus loin : elle ne se contente pas de tromper un employé, elle vise à tromper une nation entière. L’affaire des « Macron Leaks » en est une illustration parfaite.
Étude de cas : Les « Macron Leaks » ou la politisation du piratage
En 2017, à la veille du second tour de l’élection présidentielle française, des milliers de documents internes de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron ont été piratés puis déversés sur internet. Comme l’analysent de nombreux experts, l’opération, attribuée à des groupes liés au Kremlin, n’avait pas pour but de révéler un scandale majeur – les documents étant largement anodins – mais de créer le chaos informationnel. Le but était de suggérer l’existence de secrets cachés, de saturer les médias et de jeter le discrédit sur le processus démocratique lui-même, démontrant que le piratage technique n’était que le prélude à une opération d’influence politique sophistiquée.

Cette stratégie de « piratage cognitif » montre que la défense ne peut plus être seulement technique. Elle doit intégrer une dimension informationnelle et communicationnelle. Il faut préparer les esprits, éduquer à la détection de la manipulation et construire un narratif national résilient, capable de résister aux chocs informationnels orchestrés par des adversaires étatiques.
Sanctions économiques ou déploiement militaire : quelle boîte à outils pour quelle menace ?
Face à la nature protéiforme des menaces hybrides, la question de la riposte devient centrale. Une réponse purement militaire est souvent disproportionnée et inadaptée, tandis qu’une inaction est perçue comme un aveu de faiblesse qui ne fait qu’encourager l’agresseur. La construction d’une « boîte à outils » de riposte graduée et multidimensionnelle est donc un impératif stratégique. Cette prise de conscience est désormais au cœur des réflexions au sein de l’OTAN, comme l’a récemment indiqué son Secrétaire général.
L’alliance militaire occidentale prévoit de revoir sa stratégie de 2015 sur la manière de faire face aux attaques hybrides et de l’adopter lors du sommet qui aura lieu en juin prochain à La Haye.
– Mark Rutte, Secrétaire général de l’OTAN
La doctrine de réponse s’articule traditionnellement autour du modèle DIME, qui segmente l’action de l’État en quatre domaines interdépendants :
- Diplomatique : L’objectif est de construire des coalitions, d’isoler l’adversaire sur la scène internationale, et de le dénoncer publiquement au sein d’instances comme l’ONU.
- Informationnel : Il s’agit de mener la « guerre des récits » en exposant les manipulations, en promouvant un contre-narratif factuel et en renforçant la résilience cognitive de la population.
- Militaire : Au-delà du conflit ouvert, cet outil inclut la dissuasion par le déploiement préventif de forces, la conduite d’exercices conjoints pour démontrer la crédibilité de l’alliance et la protection des infrastructures critiques.
- Économique : Cet levier comprend un large éventail de mesures, allant des sanctions ciblées contre des individus ou des entités spécifiques au gel d’avoirs et aux restrictions commerciales sur des secteurs stratégiques.
La clé du succès n’est pas de choisir un outil, mais de les synchroniser. Une sanction économique sera plus efficace si elle est précédée d’une attribution publique (Informationnel) et soutenue par une large coalition (Diplomatique). Une posture militaire renforcée (Militaire) peut donner plus de poids à une négociation diplomatique. La riposte hybride est elle-même… hybride.
Plan d’action : auditer votre exposition aux menaces hybrides
- Points de contact : Lister tous les points de friction et les « coutures » de votre système (juridiques, ethniques, économiques, informationnels) où un adversaire pourrait exercer une pression.
- Collecte de signaux faibles : Mettre en place une veille pour inventorier les éléments anormaux (petites campagnes de désinformation, activités suspectes près de sites sensibles, sondages inhabituels).
- Cohérence doctrinale : Confronter les modes opératoires observés à la doctrine connue des adversaires potentiels. L’action est-elle compatible avec une stratégie de déni plausible ?
- Évaluation de l’impact cognitif : Évaluer la portée émotionnelle et mémorielle d’une attaque potentielle (une image choc, une fuite humiliante) au-delà de son impact technique ou financier.
- Planification de ripostes graduées : Définir des scénarios de réponse intégrée (DIME) qui permettent de marquer un coût pour l’agresseur tout en restant sous le seuil du conflit ouvert.
Pourquoi votre dépendance énergétique menace directement votre autonomie politique ?
L’énergie n’est jamais une simple marchandise. Dans les relations internationales, elle est un levier de puissance fondamental. Pour les nations importatrices, une forte dépendance énergétique vis-à-vis d’un fournisseur unique ou d’un petit groupe de fournisseurs crée une vulnérabilité stratégique majeure. Cette dépendance peut être instrumentalisée par le fournisseur pour exercer une pression politique, influencer des décisions de politique étrangère, ou limiter la capacité d’un État à réagir face à une agression.
L’Europe a longtemps fait l’expérience de cette dynamique avec la Russie. Le contrôle des gazoducs et l’ajustement des volumes et des prix sont devenus des outils de la politique étrangère du Kremlin, utilisés pour récompenser des alliés et punir des adversaires. Cette arme géopolitique ne se limite pas à la Russie ; une analyse du CERI de Sciences Po montre que des pays comme la Turquie ou la Biélorussie utilisent également leur position de transit ou de contrôle sur les flux énergétiques et migratoires pour exercer une pression sur l’Europe. L’arme énergétique est souvent brandie pour obtenir des concessions sur d’autres dossiers, créant un chantage permanent qui érode l’autonomie politique des États dépendants.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette puissance de nuisance n’est pas toujours corrélée à une puissance économique globale. En effet, malgré son influence géopolitique, la Russie est moins riche que l’Italie en termes de PIB nominal. Cela démontre que dans la guerre hybride, la capacité à exploiter des dépendances critiques est plus déterminante que la taille globale de l’économie. La diversification des sources d’approvisionnement, le développement des énergies renouvelables et la construction d’interconnexions ne sont donc plus seulement des politiques environnementales ou économiques, mais des impératifs de sécurité nationale.
L’erreur de ne voir le cyber que comme du code alors qu’il est aussi un vecteur d’influence
Si la dimension politique de la cyberguerre est désormais reconnue, une autre erreur serait de sous-estimer l’évolution constante de ses tactiques et de sa sophistication technologique. La menace n’est pas statique ; elle apprend, s’adapte et se professionnalise. Les cyberattaques opportunistes menées par des acteurs isolés laissent de plus en plus place à des campagnes structurées, s’appuyant sur des technologies avancées et de véritables « infrastructures criminelles » organisées.
L’augmentation du volume des attaques est un premier indicateur de cette intensification. Selon certaines données, on a observé une augmentation de +75% des cyberattaques au dernier trimestre 2024 par rapport à 2023, signe d’une activité toujours plus agressive. Mais au-delà des chiffres, c’est la nature des menaces qui évolue. Comme le souligne un rapport prospectif sur les menaces de demain, la sophistication est la nouvelle norme.

La défense doit donc évoluer en parallèle. L’approche traditionnelle, qui consiste à réagir après une attaque (le « patch and pray »), est obsolète. La nouvelle frontière est celle de la « cybersécurité by design », où la sécurité n’est plus une couche ajoutée à la fin, mais un principe intégré dès la conception des systèmes. De plus, face à des adversaires qui mobilisent des intelligences artificielles pour automatiser la recherche de vulnérabilités, la réponse ne peut plus être uniquement humaine. Elle doit, elle aussi, intégrer des outils d’automatisation et d’IA pour la détection et la réponse aux incidents.
En 2025, les cyberattaques ne se contentent plus d’exploiter la négligence humaine ou les systèmes non mis à jour. Elles s’appuient désormais sur des technologies avancées, des infrastructures criminelles organisées et une sophistication croissante. Connaître les menaces est la première étape pour s’en protéger. Adopter une cybersécurité ‘by design’ et renforcer les compétences internes sont les clés d’une défense durable.
– Rapport Oodrive, Cyberattaques 2025 : les 10 menaces clés
À retenir
- La grammaire de l’agression hybride repose sur l’exploitation des « coutures » et des angles morts (juridiques, cognitifs, économiques) des sociétés ouvertes.
- L’objectif principal n’est pas la destruction physique, mais la paralysie décisionnelle et l’érosion de la confiance, en opérant systématiquement sous le seuil de la riposte armée.
- La riposte efficace doit être elle-même hybride et synchronisée, combinant des actions diplomatiques, informationnelles, militaires et économiques (DIME) pour imposer un coût à l’agresseur.
Anticiper les menaces de demain : pourquoi la prospective stratégique est vitale pour l’État ?
Dans un environnement stratégique aussi fluide et complexe, la capacité à réagir ne suffit plus. L’anticipation devient la compétence maîtresse. La prospective stratégique n’est pas l’art de prédire l’avenir, mais celui de se préparer à une gamme de futurs possibles. Elle consiste à identifier les signaux faibles, à analyser les tendances de fond et à imaginer les ruptures potentielles pour éclairer la décision politique aujourd’hui. Face aux menaces hybrides, qui par nature cherchent à surprendre et à exploiter l’imprévu, cette démarche est plus vitale que jamais.
Construire une culture de la prospective implique de dépasser la gestion de crise pour investir dans la préparation à long terme. Cela requiert de décloisonner les expertises (technique, sociologique, géopolitique), de favoriser le « red teaming » (des équipes jouant le rôle de l’adversaire pour tester les défenses) et de développer des scénarios de crise plausibles mais déstabilisants. Il s’agit de se poser constamment la question : « Et si ? ». Et si un adversaire combinait une attaque sur nos satellites, une manipulation du marché boursier et une campagne de désinformation virale ?
Cette préparation n’est pas une charge, mais un investissement dans la souveraineté. Certains pays, souvent ceux qui sont en première ligne face à des voisins agressifs, ont développé une expertise reconnue en la matière. Selon la directrice du Centre d’excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides (Hybrid CoE) à Helsinki, la préparation est la clé.
Lors d’une audition récente devant des parlementaires français, la Dr. Teija Tiilikainen, directrice finlandaise du CoE for countering Hybrid threats d’Helsinki a relevé que les deux pays les mieux préparés pour traiter les attaques hybrides étaient la Suède et la France.
– Dr. Teija Tiilikainen, Centre d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides
Cette reconnaissance souligne qu’il est possible de développer une résilience efficace. La clé est de transformer l’analyse des menaces en une politique publique de sécurité nationale globale, irriguant tous les ministères et impliquant le secteur privé et la société civile. L’ultime défense contre l’agression hybride est une société informée, préparée et unie, consciente des vulnérabilités mais confiante dans sa capacité à y faire face.
En définitive, élaborer une stratégie de riposte efficace exige de sortir d’une logique purement défensive et réactive. Il s’agit d’adopter une posture proactive qui impose un coût à l’agresseur en le forçant à sortir de l’ombre et à exposer ses manœuvres. L’étape suivante pour tout stratège est d’intégrer cette grammaire de la guerre hybride dans les processus de planification et les exercices de simulation nationaux et alliés.