Publié le 15 mai 2024

La supériorité dans le cyberespace ne se gagne pas en subissant passivement, mais en maîtrisant l’initiative offensive et en intégrant la riposte comme l’axe central de la dissuasion.

  • L’attribution d’une attaque est moins un défi technique qu’un enjeu de décision politique face à un adversaire masqué.
  • La capacité de frappe (exploit Zero Day) n’est pas qu’une arme, c’est l’outil premier de la dissuasion par la capacité.
  • La résilience ne consiste pas à être invulnérable, mais à se préparer, via des entraînements réalistes, à encaisser pour mieux frapper.

Recommandation : Adopter une posture de dissuasion par la capacité, où la certitude de la riposte, et non plus seulement sa possibilité, devient le fondement de la doctrine de cyberdéfense nationale.

Le cyberespace est officiellement le cinquième domaine de lutte, un théâtre d’opérations immatériel où les frontières s’effacent et où les attaques peuvent paralyser une nation sans tirer un seul coup de feu. Face à cette menace permanente, la posture conventionnelle consiste à ériger des forteresses numériques, à empiler les boucliers et à subir les assauts en espérant que les murs tiennent. Cette vision, purement défensive, est aujourd’hui une faute stratégique. Elle laisse l’initiative à un adversaire invisible, agile et audacieux.

La doctrine de la Lutte Informatique Défensive (LID) est nécessaire, mais dramatiquement insuffisante. Elle nous condamne à un rôle de victime perpétuelle, réagissant toujours avec un temps de retard. Le véritable enjeu n’est plus seulement de se protéger, mais de dissuader. Et la dissuasion, dans le domaine numérique comme dans les domaines conventionnels, repose sur une capacité de riposte crédible, maîtrisée et assumée. Il faut passer d’une logique de protection à une logique de projection de puissance.

Mais si la véritable clé n’était pas la robustesse de nos boucliers, mais la portée et la précision de notre glaive numérique ? Si la question n’était plus « pouvons-nous nous défendre ? » mais « l’adversaire peut-il se permettre de nous attaquer ? ». C’est l’essence même de la cyberdéfense offensive : ne plus subir, mais reprendre l’initiative, non pas par agressivité, mais par une maîtrise calculée de l’escalade. La riposte n’est pas une vengeance, c’est un acte stratégique.

Cet article n’est pas un manuel technique, c’est un exposé doctrinal. Nous analyserons les défis de l’attribution, la création et le contrôle des armes numériques, la sécurisation de nos propres systèmes critiques comme l’avionique, et l’importance cruciale de la guerre d’influence. Nous verrons comment forger des soldats numériques et comment, enfin, assurer la résilience de la Nation pour continuer le combat, même après une frappe majeure.

Cet exposé stratégique vous guidera à travers les piliers d’une doctrine de cyberdéfense active et offensive. Vous découvrirez les concepts et les impératifs qui régissent la riposte numérique au plus haut niveau de l’État.

Pourquoi est-il si difficile de prouver techniquement qu’un État est derrière un virus ?

Le premier obstacle à toute riposte est la question de l’attribution. Dans le brouillard numérique, un attaquant peut opérer sous de multiples fausses bannières, utilisant des serveurs relais à travers le monde et des techniques de masquage sophistiquées. L’attribution formelle d’une cyberattaque à une entité étatique est donc moins un problème technique qu’une décision politique souveraine. Il ne s’agit pas de trouver une preuve irréfutable au sens judiciaire, mais d’accumuler un faisceau de renseignements techniques, opérationnels et humains suffisant pour justifier une réponse.

La difficulté n’est pas une excuse à l’inaction. Au contraire, elle justifie l’investissement massif dans des capacités de renseignement et de contre-espionnage numérique. La France a bien compris cet enjeu, et la montée en puissance du Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) est une réponse directe. Les effectifs du ministère des Armées dans ce domaine sont en constante augmentation, avec un objectif de plus de 5 000 cybercombattants d’ici 2025. Cette force est dédiée, entre autres, à lever ce voile d’incertitude.

Étude de cas : la fausse bannière de l’attaque contre TV5 Monde

L’attaque de 2015 contre la chaîne de télévision TV5 Monde illustre parfaitement cette complexité. Initialement revendiquée par un groupe se réclamant de l’État Islamique, le « CyberCaliphate », l’enquête a par la suite orienté les soupçons vers un groupe de hackers russes (APT28). Cette opération sous fausse bannière visait à la fois à causer des dommages techniques considérables et à semer la confusion, rendant toute riposte diplomatique ou militaire extrêmement délicate. L’attribution n’est jamais aussi simple qu’une signature au bas d’un code malveillant.

La question n’est donc pas « Qui a frappé ? » mais « Qui avons-nous la volonté politique de désigner comme l’attaquant ? ». La réponse à cette question conditionne toute la chaîne de décision, de l’incident technique à la riposte stratégique. C’est un calcul de risque où la certitude absolue est une illusion.

Comment créer un exploit « Zero Day » sans qu’il ne se retourne contre ses créateurs ?

Un exploit « Zero Day », une arme numérique exploitant une vulnérabilité inconnue du public et du développeur, est l’équivalent d’un missile furtif dans l’arsenal d’un État. C’est un outil de projection de puissance redoutable. Cependant, sa nature même le rend volatile. Une fois utilisé, il peut être capturé, analysé et retourné contre son créateur. La maîtrise de ces armes ne réside pas seulement dans leur création, mais dans leur confinement et leur contrôle post-frappe. C’est un enjeu stratégique majeur pour éviter que nos propres outils ne deviennent les armes de l’ennemi de demain.

Représentation abstraite d'un système de confinement de cyber-arme avec mécanismes de sécurité

Le développement de telles capacités s’inscrit dans la doctrine de Lutte Informatique Offensive (LIO). Il ne s’agit pas d’une agression gratuite, mais de se doter d’une capacité de dissuasion. L’adversaire doit savoir que toute attaque contre nos intérêts vitaux s’exposera à une riposte ciblée, précise et potentiellement dévastatrice sur ses propres systèmes. Chaque année, des incidents majeurs rappellent la réalité de la menace, comme en 2017 où l’ANSSI a dû gérer 794 incidents cyber dont 20 majeurs, justifiant le développement de capacités de riposte.

Pour éviter l’effet boomerang, une cyber-arme étatique doit intégrer plusieurs mécanismes de sécurité :

  • Autodestruction : Le code doit pouvoir s’effacer complètement après avoir atteint sa cible ou après une période définie.
  • Ciblage restrictif : L’exploit doit être conçu pour ne fonctionner que sur une configuration système très spécifique (langue, architecture, type de réseau), le rendant inopérant s’il est exfiltré.
  • Canal de commande chiffré : Le contrôle de l’arme doit passer par un canal de communication unique et hautement sécurisé, empêchant tout détournement.

La création d’un arsenal « Zero Day » est un acte de souveraineté. Il s’agit d’un investissement à long terme, discret, mais essentiel pour asseoir sa crédibilité et maintenir l’initiative numérique sur le théâtre des opérations.

Avions de chasse connectés : comment blinder l’avionique contre le piratage en vol ?

La supériorité aérienne ne repose plus seulement sur la vitesse ou la maniabilité, mais sur l’information. Un avion de combat moderne est un nœud de réseau volant, un système de systèmes hyper-connecté échangeant en temps réel des données tactiques. Cette connectivité est sa force et sa plus grande vulnérabilité. La sanctuarisation de l’avionique contre une cyberattaque en vol n’est pas une option, c’est une condition de survie pour le pilote et de succès pour la mission. Le piratage d’un système d’arme n’est plus de la science-fiction, c’est une menace opérationnelle directe.

La protection de ces systèmes critiques est au cœur de la mission du COMCYBER, qui a été structuré pour répondre à cette nouvelle dimension du combat. Comme le rappelle le ministère des Armées, sa mission est sans équivoque :

Le COMCYBER a pour mission la défense des systèmes d’information et des systèmes d’armes, ainsi que la conception, la planification et la conduite des opérations militaires dans le cyberespace.

– Ministère des Armées, Commandement de la cyberdéfense

La sécurisation de l’avionique repose sur une approche de défense en profondeur, qui va bien au-delà d’un simple antivirus. Il s’agit d’une architecture résiliente où chaque composant est durci et isolé :

  • Segmentation des réseaux : Les réseaux critiques (commandes de vol, systèmes d’armes) doivent être physiquement et logiquement isolés (air-gap) des réseaux non-essentiels (communication, maintenance).
  • Chiffrement de bout en bout : Toutes les liaisons de données, qu’elles soient air-sol ou air-air, doivent être chiffrées avec des algorithmes militaires robustes pour prévenir l’interception et la manipulation.
  • Monitoring comportemental : Des sondes embarquées doivent analyser en permanence le comportement des systèmes pour détecter toute activité anormale ou non autorisée, signature potentielle d’une intrusion.
  • Redondance et mode dégradé : En cas de compromission d’un système, des systèmes de secours redondants doivent prendre le relais instantanément, permettant au pilote de maintenir le contrôle de l’appareil en mode dégradé mais sécurisé.

Depuis la création du COMCYBER en mai 2017, la protection des systèmes d’armes est devenue une priorité absolue. Il s’agit de garantir que nos vecteurs de force restent sous notre contrôle exclusif, en toutes circonstances.

L’erreur de ne voir le cyber que comme du code alors qu’il est aussi un vecteur d’influence

Réduire la cyberdéfense à un duel de techniciens est une erreur stratégique fondamentale. Le cyberespace n’est pas seulement une infrastructure technique, c’est avant tout un espace social, médiatique et cognitif. Une cyberattaque n’a pas toujours pour but de détruire ou de voler des données ; elle peut viser à déstabiliser, à semer le doute, à polariser une société ou à discréditer une institution. C’est le domaine de la Lutte Informatique d’Influence (L2I), un champ de bataille où la cible n’est pas la machine, mais l’esprit humain.

L’objectif de la L2I n’est pas de chiffrer un disque dur, mais de manipuler la perception du réel. Cela passe par des campagnes de désinformation, la propagation de fausses nouvelles (fake news), la création de faux comptes sur les réseaux sociaux pour amplifier artificiellement un message, ou le piratage de sites web pour y diffuser de la propagande. L’attaque technique n’est alors qu’un moyen au service d’un objectif d’influence psychologique. Le code devient le vecteur d’une opération cognitive.

L’histoire récente montre que des vagues d’attaques peuvent être coordonnées pour saturer l’espace informationnel et créer un climat de chaos. Après les attentats de janvier 2015 en France, ce sont près de 19 000 sites français qui ont été ciblés par des cyberattaques de défiguration (defacement), visant moins à causer des dommages durables qu’à marquer les esprits et à participer à une guerre de l’information.

Riposter dans ce domaine est complexe. Cela ne peut se faire uniquement avec des outils techniques. La contre-influence exige de :

  • Détecter les campagnes : Identifier les sources et les réseaux de propagation de la désinformation.
  • Démystifier (Debunking) : Fournir rapidement des informations factuelles et vérifiées pour contrer les fausses nouvelles.
  • Contre-narratif : Proposer un récit alternatif cohérent et crédible pour occuper l’espace informationnel.
  • Attribution publique : Exposer publiquement les acteurs étatiques qui se cachent derrière ces campagnes pour nuire à leur crédibilité.

Ignorer la dimension d’influence du cyber, c’est laisser un flanc entier de notre souveraineté exposé à l’adversaire. La bataille des octets est indissociable de la bataille des récits.

Hackathons et CTF (Capture The Flag) : les 4 étapes pour transformer un geek en soldat numérique

La supériorité numérique ne se décrète pas, elle se construit. Et elle repose sur un capital irremplaçable : le talent humain. La « guerre des talents » dans le cyber est une réalité. Pour la gagner, il ne suffit pas de recruter ; il faut transformer des experts techniques, souvent issus de la culture « geek » ou « hacker », en véritables soldats numériques disciplinés, intégrés à la chaîne de commandement et conscients des enjeux stratégiques. Les hackathons et les compétitions de « Capture The Flag » (CTF) sont les creusets modernes de cette transformation.

Macro détaillée de circuits électroniques avec reflets lumineux représentant la transformation numérique

Cet effort de formation et de fidélisation est un investissement stratégique, soutenu par des moyens considérables. Le budget de 1,6 milliard d’euros alloué à la cyberdéfense française sur la période 2019-2025 sert en grande partie à financer ces compétences de pointe. Le processus de transformation suit quatre étapes clés :

  1. Détection et Attraction : Les CTF et hackathons, organisés par les armées ou des partenaires, servent de terrain de jeu pour repérer les meilleurs talents. Ils permettent d’identifier les profils dotés d’une curiosité technique et d’une capacité de résolution de problèmes hors-norme.
  2. Acculturation Militaire : C’est l’étape la plus délicate. Il s’agit d’inculquer la discipline, le respect de la hiérarchie et le sens de la mission. Le soldat numérique doit comprendre que ses actions ont des conséquences cinétiques et géopolitiques, bien au-delà du défi technique.
  3. Formation spécialisée : Les recrues sont ensuite formées aux doctrines (LID, LIO, L2I), aux outils spécifiques des armées et aux règles d’engagement. Ils apprennent à opérer dans un cadre légal et éthique strict, ce qui distingue le soldat du pirate.
  4. Mise en condition opérationnelle : À travers des exercices de grande ampleur, comme nous le verrons avec le « Purple Teaming », le soldat numérique est intégré dans des équipes interarmées. Il apprend à collaborer avec des analystes du renseignement, des planificateurs d’opérations et des unités sur le terrain.

Cette alchimie complexe, qui allie l’agilité du hacker à la rigueur du militaire, est la clé pour constituer une force de cyberdéfense capable de prendre l’initiative et de la conserver.

Pourquoi vos sauvegardes connectées seront chiffrées en premier par les attaquants ?

Dans une attaque par rançongiciel (ransomware), l’objectif de l’attaquant est simple : vous priver de l’accès à vos données pour vous forcer à payer une rançon. Pour y parvenir, il doit neutraliser votre seule porte de sortie : vos sauvegardes. Une erreur commune est de considérer les sauvegardes comme une forteresse imprenable. Si elles sont connectées en permanence au réseau principal, elles ne sont qu’une cible de plus. Pire, elles sont une cible prioritaire. Un attaquant méthodique cherchera et chiffrera vos sauvegardes *avant* de déclencher l’attaque sur vos systèmes de production, vous laissant sans aucune option de restauration.

La menace du rançongiciel n’est pas théorique, elle est explosive. Les observations de l’ANSSI montrent une augmentation dramatique, avec une hausse de +225% des attaques par rançongiciels sur certaines périodes, touchant aussi bien les entreprises que les services publics. Penser que l’on est à l’abri est une illusion dangereuse. La seule défense viable est de rendre les sauvegardes inaccessibles ou inutilisables pour l’attaquant.

Cela exige une discipline de fer et l’application de principes de sanctuarisation stricts. Il ne s’agit pas d’acheter un logiciel de plus, mais de mettre en œuvre une architecture de résilience. La survie de vos opérations critiques en dépend directement.

Plan de bataille : votre checklist de sanctuarisation des sauvegardes

  1. Appliquer la règle 3-2-1 : Maintenir systématiquement au moins 3 copies de vos données critiques, sur 2 supports différents (ex: disque et bande), dont 1 copie est stockée hors-site et déconnectée.
  2. Implémenter l’immuabilité : Utiliser des technologies de sauvegarde WORM (Write Once, Read Many) qui rendent les données de sauvegarde impossibles à modifier ou à chiffrer une fois écrites, même par un administrateur.
  3. Pratiquer l’isolation physique (Air Gap) : Assurer qu’au moins une copie des sauvegardes critiques soit physiquement déconnectée du réseau. Une attaque réseau ne peut pas franchir un « mur d’air ».
  4. Tester la restauration en continu : Planifier et exécuter régulièrement des tests de restauration complets. Une sauvegarde qui n’a jamais été testée est une simple hypothèse de sécurité.
  5. Surveiller les accès anormaux : Mettre en place des alertes sur les systèmes de sauvegarde pour détecter toute tentative d’accès, de modification ou de suppression de données en dehors des plages horaires habituelles.

Considérez vos sauvegardes non pas comme une assurance, mais comme votre ligne de défense finale. Elles doivent être protégées avec la même rigueur que vos données de production, si ce n’est plus.

Purple Teaming : les 4 bénéfices de faire collaborer attaquants et défenseurs en temps réel

Dans une guerre, s’entraîner est la clé de la victoire. En cyberdéfense, l’entraînement le plus efficace n’est pas de répéter des procédures en vase clos, mais de se confronter à un adversaire réaliste. Traditionnellement, on oppose la « Red Team » (les attaquants simulés) à la « Blue Team » (les défenseurs). Le Purple Teaming transcende cette opposition. Il ne s’agit plus d’un match où l’un gagne et l’autre perd, mais d’une collaboration en temps réel. La Red Team attaque, et immédiatement après, elle explique à la Blue Team *comment* elle a attaqué, et la Blue Team montre *comment* elle a détecté (ou pas) l’attaque. C’est un cycle d’amélioration continue et accéléré.

Étude de cas : l’exercice Defnet, le creuset du combat cyber

L’exercice annuel Defnet, piloté par le COMCYBER, est un exemple parfait de Purple Teaming à grande échelle. Pendant plusieurs jours, les forces des différentes armées sont soumises à des scénarios d’attaque de haute intensité. L’objectif n’est pas de « gagner » l’exercice, mais de tester les procédures, d’identifier les failles dans la détection et la réaction, et de renforcer la coordination entre les équipes. Chaque attaque simulée est une leçon apprise, chaque détection manquée est une amélioration pour le lendemain.

Cette approche collaborative et itérative apporte quatre bénéfices stratégiques majeurs :

  1. Réduction du temps de détection : En comprenant les techniques, tactiques et procédures (TTPs) des attaquants, les défenseurs apprennent à reconnaître des signaux faibles qu’ils auraient ignorés, réduisant drastiquement le délai entre l’intrusion et sa détection.
  2. Optimisation des outils de sécurité : Le Purple Teaming permet de valider l’efficacité réelle des outils de détection (SIEM, EDR…). Si une attaque de la Red Team n’est pas détectée, ce n’est pas un échec, mais une information précieuse pour reconfigurer ou changer l’outil.
  3. Montée en compétence accélérée : Pour la Blue Team, c’est la formation la plus efficace qui soit. Voir une attaque se dérouler sous ses yeux et en comprendre la mécanique est infiniment plus formateur que n’importe quel cours théorique.
  4. Validation de la résilience : Au-delà de la détection, ces exercices permettent de tester l’ensemble de la chaîne de réponse à incident et de s’assurer que les plans de continuité d’activité sont opérationnels et pas seulement des documents théoriques.

Le Purple Teaming incarne l’adage « s’entraîner dur pour faire la guerre facilement ». C’est en se battant contre soi-même, de la manière la plus réaliste possible, que l’on se prépare à affronter un véritable adversaire.

À retenir

  • La supériorité numérique ne vient pas d’une défense passive mais d’une capacité de riposte offensive crédible et maîtrisée, qui constitue le cœur de la dissuasion.
  • Le cyberespace est un champ de bataille informationnel autant que technique ; la lutte d’influence (L2I) est aussi cruciale que la lutte informatique offensive (LIO).
  • La résilience d’une nation se forge par des entraînements réalistes et collaboratifs (Purple Teaming) qui préparent les forces à encaisser, détecter et riposter efficacement.

Résilience cyber : comment maintenir l’activité critique après une attaque par rançongiciel ?

La question n’est plus *si* une attaque majeure surviendra, mais *quand*. Et lorsque les défenses sont percées, que les données sont chiffrées et que les services sont à l’arrêt, la seule chose qui compte est la résilience. La résilience cyber, ce n’est pas l’invulnérabilité. C’est la capacité d’une organisation, ou d’une nation, à maintenir ses fonctions critiques en mode dégradé, à encaisser le choc, et à organiser la contre-attaque et la reconstruction. L’impact d’une attaque réussie peut être systémique, comme l’a montré la cyberattaque contre France Travail, où les données de potentiellement 43 millions de personnes ont été compromises.

Face à des attaques d’une « intensité inédite », selon les propres termes des services du Premier ministre, la survie dépend de la préparation. Attendre l’incident pour réfléchir à un Plan de Continuité d’Activité (PCA) est une garantie d’échec. La résilience se planifie et se teste en temps de paix. Elle repose sur la capacité à basculer rapidement vers un mode de fonctionnement minimum viable qui préserve l’essentiel.

Plusieurs approches de résilience coexistent, avec des coûts et des délais de récupération variables. Le choix dépend du niveau de criticité de l’activité à maintenir.

Comparaison des approches de résilience cyber
Approche Délai de récupération Coût relatif Efficacité
PCA/PRA classique 24-72h Moyen Limitée
Service Minimum Viable 2-6h Faible Élevée pour l’essentiel
Infrastructure redondante complète Instantané Très élevé Maximale
Mode dégradé papier Immédiat Très faible Basique

La doctrine de la résilience active consiste à identifier en amont les processus absolument vitaux et à préparer spécifiquement leur maintien. Pour une armée, ce pourrait être la chaîne de commandement et le contrôle des opérations. Pour un État, la continuité des services régaliens. La résilience n’est pas un état, c’est un verbe d’action : continuer le combat, malgré les coups portés.

Pour les décideurs politiques et les commandants militaires, l’heure n’est plus à la consolidation d’une forteresse statique. L’impératif est de définir et d’exercer une doctrine de résilience active, où la capacité à encaisser une frappe n’est pas un signe de faiblesse, mais la condition première d’une riposte légitime et victorieuse. Préparez vos forces non seulement à défendre, mais à survivre pour combattre.

Rédigé par Karim Bellamine, Expert en cyberdéfense offensive et renseignement numérique, Karim est un ingénieur spécialisé dans la protection des infrastructures critiques et la lutte contre les menaces persistantes avancées (APT). Avec 12 ans d'expérience, il maîtrise les enjeux techniques de la guerre de l'information et du chiffrement.